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Lettre à l’Unesco : Inspecter Venise en Janvier sur l’overtourisme et les Grandi Navi ? Plutôt étrange…

Lettre à l’Unesco : Inspecter Venise en Janvier sur l’overtourisme et les Grandi Navi ? Plutôt étrange…

 

LES AILES DE VENISE                       Paris, 03 Février 2020

 

Mme la Présidente de l’Unesco,

 

Chère Audrey Azoulay,

Je me permets de vous contacter directement, en tant que présidente de l’association « Les Ailes de Venise », mais loin de moi l’idée de manquer de respect à votre fonction, plutôt le souhait d’attirer votre attention à propos d’un sujet cher à notre cœur, la ville de Venise.

J’ai une extrême confiance en les femmes qui sont à la tête de nos grandes institutions ou entreprises; une confiance infinie dans leur volonté d’action et de changement tout en préservant la part d’humanité nécessaire à faire de ce monde, un monde vivable.

La venue la semaine dernière à Venise d’inspecteurs de l’Unesco ayant pour mission de s’enquérir de l’état de conservation du Bien patrimonial Universel que représente Venise, nous a laissé vraiment perplexe…

Mais Qui diable au sein de UNESCO positionne les dates de déplacement des délégations spéciales des inspections de sites ?

Le choix du mois de Janvier pour inspecter et s’enquérir des progrès de la lutte contre l’overtourisme qui ronge peu à peu la ville, semble très mal à propos. Car ce mois est tout simplement LE mois le moins représentatif de l’année pour juger de ce qu’est devenue Venise.

Nous le savons bien, nous les visiteurs amateurs et amoureux inconditionnels de la Città qui la visitons régulièrement depuis des dizaines d’années.

Tout comme les Vénitiens, Janvier est un mois que nous chérissons car nous retrouvons enfin cette quiétude qui sied si bien à la Sérénissime.

Rassurez-moi, dans ce rapport, sur cette récente visite de l’UNESCO, vous ne parlerez quand même pas d’inspection ?
Car cette fameuse inspection de l’UNESCO, si vous saviez combien d’entre nous, l’attendions avec impatience …

Nous l’espérions plus exactement depuis Juillet 2016, lorsque Mr Francesco Bandarin alors directeur de la culture de votre institution et Mr Jad Tabet, expert du comité du patrimoine mondial, participaient dans un émouvant discours, à la décision de poser un ultimatum au gouvernement italien en dénonçant la dérive de cette ville fabuleuse.

Venise sera-t-elle classée site en péril par l’Unesco ?

Overtourisme, exode des habitants, envahissement des magasins de pacotilles, flux incessant des Grandi Navi impactant l’écosystème de la Lagune, moto-ondoso, autant de thèmes que les amateurs et les résidents de Venise déplorons et dénonçons depuis longtemps.
Alors nous avons attendu… nous avons attendu fébrilement ; l’inspection puis le verdict.

Un premier verdict repoussé d’un an en 2017, pour laisser une chance au changement et un plus de temps à l’amélioration. Puis une deuxième date repoussée deux ans plus tard en 2019, humm…
Et finalement la date butoir annoncée de juillet 2020. La dernière, vraiment ?

Mais alors que penser de cette inspection, cette visite sur le terrain qui doit permettre de juger de la situation, d’avoir le regard pertinent et affuté d’un Saint Thomas qui ne croit que ce qu’il voit ?

Comment inspecter Venise quand en Janvier plus aucun des Grandi Navi qui participent à faire de Venise la ville la plus polluée d’Italie ne passe, alors qu’en haute saison on peut en recenser jusqu’8 par jour ?

Comment inspecter Venise, ville ouvrant les bras à plus de 30 millions de visiteurs par an sur seulement 7 km², au mois de Janvier, quand il n’y a plus personne ?

Vous y trouverez même très peu de Vénitiens qui profitent habituellement de cette période pour partir en congés.

A une semaine près, vous auriez vu de vos yeux la manifestation contre le moto-ondoso réunissant tous les Remiere (Association de Voga et de voile) soit plus de 200 barques, protestant contre les bateaux à moteur dont la haute fréquence et les remoux fragilisent encore aujourd’hui les fondations de la ville et les empêchent de pratiquer sereinement la tradition de la navigation à rames vénitienne ou la Vela Terza.

J’espère au moins que la promenade des inspecteurs leur aura permis de rencontrer ces moines capucins se désolant de la possible prochaine construction d’un énième hôtel en lieu et place de la Gasométrie, venant ainsi faire ombrage à l’ensoleillement indispensable à leur illustre vignoble et ruinant leurs efforts.

Que disent-ils de la régularisation à posteriori de la création sans autorisation il y a deux ans, du nouvel hôtel Nobile Ca’ Corner en plein moratoire sur l’ouverture de nouveaux hôtels dans la ville ?

J’espère que cette ballade les a menés devant la pharmacie Morelli sur le campo San Barteo et qu’ils ont pu voir, sur le compteur posé par l’association vénitienne Venessia.com, le nombre de Vénitiens habitant le centre historique passer sous le seuil des 52 000 quand ils étaient 170 000 il y a 50 ans.

Cette promenade leur a-t-elle permis d’aller faire la connaissance de la Signora Marcella, 80 ans, l’une des personnes agées qui se sont vues expulsées cette année de leur logement occupé depuis plus de 50 ans pour y mettre un logement touristique ?

Ont-ils eu le temps de s’étonner devant le taux de croissance des logements Airbnb cette année, +13% ** le plus haut de toutes les villes d’ Italie?

En s’approchant de Fondamente Nove, Ils auront aussi probablement vu la fermeture annoncée d’un des derniers menuisiers, le renouvellement de bail n’étant pas assuré.

Vous a-t-on dit enfin que pour les Grandi Navi, la solution qui vous a été présentée comme ne les faisant plus passer devant le canal San Marco et qui a été qualifiée en Juillet 2019 de progrès par l’UNESCO, est en fait une solution décriée par les plus grand experts environnementaux de la Lagune car elle renforcerait l’excavation du fragile écosystème lagunaire et démultiplierait les effets de l’acqua-alta en approfondissant les lieux de passage de l’eau ?

Nous ne sommes pas des politiciens, non nous n’en avons ni l’ambition ni la compétence.

Nous sommes de simples fervents amateurs de Venise, réunis au sein d’une association française « Les Ailes de Venise » unis par cet amour pour cette ville qui nous dépasse et nous bouleverse comme elle a touché tant d’illustres hommes, écrivains, artistes, musiciens avant nous.

A notre crédit peut-être avons-nous juste un peu de bon sens populaire.

Laissez-nous penser s’il vous plait, que ce bon sens populaire fait également partie de l’esprit de nos grandes institutions internationales et pourquoi ne pas réaliser cette inspection à un autre moment ?

Et non durant le seul mois de l’année où Venise redevient ce que justement elle n’est plus.

Je vous prie de bien vouloir agréer l’expression de mes sentiments les plus dévoués,

Isabelle Kahna

Présidente de « Les Ailes de Venise »

** (Source  site internet inside AirBNB)

 

 

 

Lettre à l’Unesco : Inspecter Venise en Janvier sur l’overtourisme et les Grandi Navi ? Plutôt étrange…

2 réflexions au sujet de « Lettre à l’Unesco : Inspecter Venise en Janvier sur l’overtourisme et les Grandi Navi ? Plutôt étrange… »

  1. Bravo pour ce courrier, Isabelle, en souhaitant que les personnes aux rênes de cette énorme organisation qu’est l’UNESCO ne soient ni sourdes, ni aveugles. Ont-il au moins les mains libres, et ne sont-ils pas influencés par des personnes moins attentives au devenir de Venise?
    Il est bon qu’il y est des personnes comme toi qui prennent à bras le corps, avec ferveur, énergie et générosité, la défense d’une pareille mission!
    Venise devrait être un exemple pour le monde!

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